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Sur La Route de Walter Salles



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"Sur la route" raconte une errance sans but, si ce n’est le mouvement, un road movie d’Est en Ouest des Etats Unis, une amitié virile entre deux garçons complémentaires, Sal Paradise et Dean Moriarty, le magnétisme sexuel de ce dernier affolant tous ceux qui l’approchent. L’action commence en 1947, l’esprit de l’époque est rythmé par le jazz et son tempo be bop. L'adaptation du roman culte de Kerouac par Walter Salles est fidèle mais un peu trop appliquée...



Sur La Route  de  Walter Salles
On est dans l'immédiat après-guerre. Sal Paradise va découvrir l'amitié, une certaine vie de bohême, libération sexuelle et paradis artificiels...
Cette traversée du pays au volant de la Hudson 49, préfigure en effet "Easy Rider" mais sans la violence. Les voitures sont rares mais elles s’arrêtent pour prendre les auto-stoppeurs, les flics n’apparaissent que pour verbaliser les excès de vitesse. Les héros de cette génération « perdue » qui n’a pourtant pas fait la guerre, quittent leurs parents très vite, renoncent à une existence normée, avec un travail fixe, maison et famille. Ils désirent changer le monde tout de suite et s’inventer leur vie de toutes pièces. Pour cela, ils sont prêts à vivre sans confort, à trimer dur dans des petits boulots minables et harassants mais ils se sentent libres. L’expérience de la route permet de se frotter au monde. Ils recherchent l’ivresse de tous les sens, dans le sexe, l’alcool, les amphétamines... S’envoler, planer, en citant Rimbaud, Céline ou Proust. Un certain romantisme du dérèglement qui conduira la plupart d’entre eux à une usure prématurée, à la prostitution, à la déchéance. Et pourtant cette « beat generation » transgresse avec allégresse tous les interdits, décidée à vivre intensément, à jouir de tout dans l’instant et à brûler, brûler toutes ses cartouches dans de folles échappées. La crise de 29 est loin et leur recherche consiste à sortir de l’étroitesse de la condition humaine, se fabriquer un destin, et surtout vivre en adéquation entre ce que l’on est et ce que l‘on fait. Kerouac, le poète vagabond, l’un de ces « anges de la désolation » qu’il a décrits, toujours en quête d’une expérience authentique, traverse l’Amérique en s'inventant un destin en chemin. En digne descendant de Jack London, plus encore que de Melville ou Conrad.

Comment adapter au cinéma le style Kerouac hâché, syncopé, brûlant, immédiat ? Le Brésilien Walter Salles n’est pas Cassavetes. Dans son adaptation fidèle mais trop sage, on ne sent jamais l'urgence ni l' esprit d’aventure. On comprend bien pourquoi tant de metteurs en scène, et non des moindres, Godard, Coppola, Gus van Sant ont rêvé d’adapter ce livre-culte puis ont fini par renoncer à ce projet. Il aurait fallu que la chose se fasse en temps réel avec Marlon Brando en Dean Moriarty comme le souhaitait Kerouac lui-même, en 1957, avant de songer à Bob Dylan.
Alors, que retient-on? De beaux paysages traversés au rythme des saisons. Mais en dépit de l’élégance de la forme, le travail des saisonniers qui ramassent le coton ne fait pas oublier, par exemple, les images des Moissons du ciel. Si on pense immanquablement à la chanson de Woody Guthrie, le père de tous ces hobos, vagabonds célestes ( « Dharma buds »), l’hymne de la route « This land is your land », Woody Guthrie n’est pas dans la bande originale qui colle pourtant au film, juste mais distanciée, jusque dans la danse érotique en diable sur « Salt Peanuts», thème fétiche de l’irrésistible Dizzie Gillespie. On entend bien Ella Fitzgerald dans « I've got the world on a string », Billie Holiday trop rapidement, mais les évocations de l’impayable Slim Gailllard ou de Charlie Parker, Mr ‘It’, comme le surnomme immédiatement Dean Moriarty, manquent d'envergure.
On suit la narration un peu trop linéaire qui file littéralement le ruban de la route, rythmée par les kilomètres à l'arrière de voiture, d'une équipée qui n’est pas "sauvage". Walter Salles réussit un travail d’illustrateur du livre-manifeste, fondateur pour toutes les générations. Il s’attache plus aux sentiments qu’aux sensations, insistant sur la psychologie des personnages, l’attraction réciproque de Dean et Sal. Certes, Sur la route est né de la rencontre déterminante avec Dean Moriarty, un être fascinant qui brûle tout ce qu’il touche. Mais ce sont avant tout les Carnets de Voyage d’un Kerouac, rêveur permanent, à la poursuite de ses chimères qui font la force du livre. Cette aventure âpre et essentielle s’est révélée féconde : elle a créé une oeuvre littéraire, a permis la naissance d’un écrivain qui tapa ce livre essentiel de la contre culture, en 1951, en trois semaines, sur un rouleau de trente six mètres de long (que l’on peut voir déroulé, à Paris, actuellement, au Musée des Lettres et des Manuscrits).
Quant aux acteurs, ils sont la véritable nouveauté du film. Le duo de ces jeunes gens exceptionnels est rendu à l’écran par les épatants Garrett Hedlund et Sam Riley entourés d’une Kristen Stewart très affranchie. Ils jouent juste et parviennent à rendre cette aventure terriblement actuelle.

Sortie le : 23 Mai 2012

Réalisation : Walter SALLES
Scénario : Jose Rivera, d’après le roman de Jack Kerouac
Acteurs : Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart, Kirsten Dunst, Elizabeth Moss, Viggo Mortensen]b
Genre : Road Movie Etats Unis
Durée : 2h20

Voir la bande annonce

Sophie CHAMBON

Pascale Rousseau-Dewambrechies



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