Un petit bijou que l’on pouvait redécouvrir dimanche dernier, soirée électorale, sur France 3 au Cinéma de minuit, émission culte, aussi parfaite que dans le souvenir d’adolescence. Dans la sélection de ces petits films étranges, hors norme que l’on classe dans le registre des « curiosités », nous était proposé The Moon and sixpence de l’Américain Albert Lewin, d‘abord producteur pour la MGM et pour la Paramount où il fut superviseur artistique, avant de débuter une étonnante carrière de réalisateur, en 1942, pour United artists avec ce film intrigant . Six films en quinze ans dont le plus célèbre est sans doute Pandora avec la beauté d’Ava Gardner et le charisme d’un James Mason inoubliable dans son rôle tourmenté d' "Hollandais volant".
Egalement scénariste, moralement impliqué dans tous ses films, Albert LEWIN est incontestablement un esthète, un dandy même, ami des surréalistes, passionné de civilisations précolombiennes, traitant des biographies d’artistes, des légendes troubles ( il était passionné d’occultisme) et de confessions étranges (The Picture of Dorian Gray, d’après Oscar Wilde ). The Moon and Sixpence est l’adaptation de la vie de Paul Gauguin, romancée par Somerset Maugham dans le livre éponyme.
L’artiste semble avoir tous les droits comme ce Charles Strickland, agent de change qui commence par abandonner femme et enfant à plus de quarante ans pour apprendre à peindre et non vivre de sa peinture. La poursuite de cet idéal exigeant fera le malheur de tous ceux qui l'approchent, puis il part pour l’Océanie, se marie à une indigène qu’il peint abondamment avant de mourir de la lèpre. Dévoré par ce mal qui le ronge, il aura tout de même peint une série de toiles sublimes qui, l’espace d’un instant, apparaissent en couleur. Avant d’être détruites volontairement à sa mort, comme si la beauté de l’art mettait en péril la réalité même. On le voit, Lewin adopte un point de vue extrêmement moraliste, critiquant violemment le personnage du peintre qui répand le malheur autour de lui, mais arrive à créer une oeuvre unique qui le transcende et le dépasse. Il sépare l’artiste de l’homme .
Le style d’Albert Lewin est empreint d’une grande originalité, toujours très soigné dans ses adaptations littéraires avec de nombreuses références qui illustrent l’univers étrange, fascinant de la création. Les images sont d’une rare beauté, le noir et blanc est travaillé merveilleusement, sans tomber dans le registre expressionniste en vogue à l’époque. Il s’agit plutôt de distiller trouble et ambiguïté, de faire ressortir le surréel. La couleur apparaît rarement et comme miraculeusement, créant un aspect onirique dans Bel Ami, (La Tentation de St Antoine de Max Ernst apparaît en couleur) ou encore Le portrait de Dorian Gray . Cette flamboyance visuelle est la signature de Lewin en quelque sorte, sa griffe.
Signant une œuvre brillante mais refermée sur elle-même, aux dialogues subtils et souvent philosophiques, voilà un metteur en scène des plus singuliers qui ne répond pas aux canons classiques hollywoodiens : il peut entrer dans la classification toute personnelle de Martin Scorsese comme « contrebandier » dans son remarquable documentaire sur le cinéma américain.
Enfin, il faut ajouter l'emploi parfait d'un de ses acteurs favoris, le très racé George Sanders, à la diction inimitable, si british, pourtant d’origine russe, qui tient ici le rôle du peintre emporté par l’urgence de la création. Sanders interprétera avec beaucoup d’élégance et de cynisme le premier rôle d’un autre film de Lewin, Georges Duroy dans The Private Affairs of Bel Ami, adaptation libre du roman de Maupassant.
Toutes les conditions sont réunies pour revoir un film unique, créatif, délicieusement nostalgique.
Sophie CHAMBON
The Moon and sixpence
Albert LEWIN 1942
Adaptation du livre de Somerset Maugham
Avec : George Sanders, Herbert Marshall, Doris Dudley, Eric Blore
Egalement scénariste, moralement impliqué dans tous ses films, Albert LEWIN est incontestablement un esthète, un dandy même, ami des surréalistes, passionné de civilisations précolombiennes, traitant des biographies d’artistes, des légendes troubles ( il était passionné d’occultisme) et de confessions étranges (The Picture of Dorian Gray, d’après Oscar Wilde ). The Moon and Sixpence est l’adaptation de la vie de Paul Gauguin, romancée par Somerset Maugham dans le livre éponyme.
L’artiste semble avoir tous les droits comme ce Charles Strickland, agent de change qui commence par abandonner femme et enfant à plus de quarante ans pour apprendre à peindre et non vivre de sa peinture. La poursuite de cet idéal exigeant fera le malheur de tous ceux qui l'approchent, puis il part pour l’Océanie, se marie à une indigène qu’il peint abondamment avant de mourir de la lèpre. Dévoré par ce mal qui le ronge, il aura tout de même peint une série de toiles sublimes qui, l’espace d’un instant, apparaissent en couleur. Avant d’être détruites volontairement à sa mort, comme si la beauté de l’art mettait en péril la réalité même. On le voit, Lewin adopte un point de vue extrêmement moraliste, critiquant violemment le personnage du peintre qui répand le malheur autour de lui, mais arrive à créer une oeuvre unique qui le transcende et le dépasse. Il sépare l’artiste de l’homme .
Le style d’Albert Lewin est empreint d’une grande originalité, toujours très soigné dans ses adaptations littéraires avec de nombreuses références qui illustrent l’univers étrange, fascinant de la création. Les images sont d’une rare beauté, le noir et blanc est travaillé merveilleusement, sans tomber dans le registre expressionniste en vogue à l’époque. Il s’agit plutôt de distiller trouble et ambiguïté, de faire ressortir le surréel. La couleur apparaît rarement et comme miraculeusement, créant un aspect onirique dans Bel Ami, (La Tentation de St Antoine de Max Ernst apparaît en couleur) ou encore Le portrait de Dorian Gray . Cette flamboyance visuelle est la signature de Lewin en quelque sorte, sa griffe.
Signant une œuvre brillante mais refermée sur elle-même, aux dialogues subtils et souvent philosophiques, voilà un metteur en scène des plus singuliers qui ne répond pas aux canons classiques hollywoodiens : il peut entrer dans la classification toute personnelle de Martin Scorsese comme « contrebandier » dans son remarquable documentaire sur le cinéma américain.
Enfin, il faut ajouter l'emploi parfait d'un de ses acteurs favoris, le très racé George Sanders, à la diction inimitable, si british, pourtant d’origine russe, qui tient ici le rôle du peintre emporté par l’urgence de la création. Sanders interprétera avec beaucoup d’élégance et de cynisme le premier rôle d’un autre film de Lewin, Georges Duroy dans The Private Affairs of Bel Ami, adaptation libre du roman de Maupassant.
Toutes les conditions sont réunies pour revoir un film unique, créatif, délicieusement nostalgique.
Sophie CHAMBON
The Moon and sixpence
Albert LEWIN 1942
Adaptation du livre de Somerset Maugham
Avec : George Sanders, Herbert Marshall, Doris Dudley, Eric Blore

THE MOON AND SIX PENCE d' Albert LEWIN


